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Louise ou la vraie vie 1

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Lue : 6027 fois - Commentaire(s) : 0 - Histoire de mielpops postée le 24/04/2013
« Allo, Virginie, c'est Louise. Je suis désolée, mais je ne pourrai pas venir au cabinet aujourd'hui. Contactez mes associés et demandez-leur de se charger des dossiers urgents empilés sur mon bureau. Annulez et reportez mes rendez-vous d'aujourd'hui s'ils ne peuvent pas les assurer à ma place. Avisez pour les autres.
- Bien maître, mais que se passe-t-il ?
- La grippe Virginie, j'ai chopé la grippe! C'est ce que mon toubib vient de me dire !
- Vous ne serez pas sur pied avant quelques jours Louise. La grippe ne se soigne pas en un seul jour et vous le savez aussi bien que moi! Vous feriez mieux de penser à vous pour une fois et nous laisser faire !
- C'est bien la phrase que je ne voulais pas entendre. Je sais que j'en ai pour la semaine mais je peux pas rester sans rien faire. Je tenterai de revenir dès que j'irai un peu mieux et reprendrai les affaires en cours.
- Vous êtes têtue comme une mule ! Soignez-vous et nous on s'occupe du reste !
- Dites à Jeanne de passer le dossier Durier sur le haut de la pile et d'embrayer sur le cas Malvoix/ Portal. Cette affaire de viol commence à me taper sur le système. Cette histoire n'en finit pas. Marre que les nantis se croient au-dessus des lois. Avec ce que j'ai rajouté dans le dossier, notre bonhomme va déchanter et dormira vite derrière les barreaux. Il est coincé ! Cette femme va pouvoir enfin obtenir gain de cause et retrouverez sa dignité !
- Oui, Louise..
- Si ça ne vous dérange pas, appelez aussi le lycée pour prévenir mes enfants que Didier viendra les récupérer. Je n'ai même plus la force de conduire, c'est horrible ! Si mon ex appelle, dites lui d'aller se faire foutre! Et Thierry aussi, qu'il aille se faire voir!
- Je m'occupe de tout cela Louise ! Prenez-soin de vous et ne vous inquiétez pas pour Nathan et Noémie ! Et je m'occupe d'eux, oui!
- Vous êtes une mère, pas une secrétaire.. Ah, que ferais-je sans vous Virginie !
- Dormir et vous reposer si vous raccrochiez ! »


Clouée au lit avec une fièvre de cheval, les jambes en flanelle, les bras en guimauve et la tête comme un chaudron, cette grippe tombe bien mal. Son médecin et amie Ingrid Molek, lui a intimé l'ordre de rester alitée et connaissant le goût immodéré de Louise pour le travail, elle lui a signifié que ça ne servirait à rien de vouloir braver la maladie, car c'est la maladie qui allait gagner, à coup sûr. Les collègues sont là pour la seconder, il lui faut penser à elle. La fatigue du travail, sa séparation difficile d'avec un mari tordu et les dossiers qui s'accumulent l'ont quelque peu mise à rude épreuve. A force de se prendre pour une machine de travail, elle en a oublié qu'elle est humaine et qu'à un moment ou un autre, il faut savoir lâcher du lest.


Ne se résignant pas à se coucher malgré son état fébrile, elle s'installe confortablement dans le canapé en cuir de l'immense salon après avoir inséré le CD du concerto de piano n°2 de Frédéric Chopin dans son lecteur. Une douce mélodie envahit la pièce. Ce morceau, elle l'a écouté des milliers de fois mais en redécouvre à chaque fois la beauté.


Xavier, son fidèle employé de maison, au service dans sa famille depuis qu'elle est toute petite, lui apporte, sans qu'elle l'ai demandé, un thé rarissime dont le goût subtil et raffiné est un vrai régal pour les papilles.
“Merci Xavier
- A votre service Madame.. Madame a-t-elle encore besoin de mes services ?
- Non, je vous remercie Xavier, ça ira..Ah si..heu, puis-je vous emprunter votre quotidien?
- Certes Madame, je vous l'apporte tout de suite !
- Merci Xavier”


Le majordome et ami quitte en silence la pièce en prenant soin de fermer les grandes portes derrière lui. Xavier est un homme exemplaire comme on n'en fait plus. Prévenant, serviable, toujours affable et de bonne humeur, il devance tous les désirs de Louise et subvient à toutes ses demandes avant qu'elle n'en ait émis le souhait. S'il ne reste qu'un simple employé de maison au service de Louise, il n'en est pas moins un homme très avisé et de bon conseil qu'elle ne manque jamais de consulter quand le besoin s'en fait ressentir. Il est, pour Louise, un second père qu'elle adore et respecte profondément.


Les notes de Chopin s'estompent peu à peu alors que lui reviennent en mémoire les instants d'un passé heureux auprès de parents aimants et avant-gardistes. Une jeunesse dorée mais réaliste au cours de laquelle, Mathilde et Jean se sont employés à inculquer les valeurs de la vie à leur fille, le respect et la considération de son prochain. Avant-gardistes car, à l'époque où la société rejetait les cas particuliers, ses parents ont engagé à leur service un jeune homme fui comme la peste. Ce jeune homme pourtant excellait dans tous les domaines, avait suivi de brillantes études de droit qu'il n'avait pu malheureusement mener à bien. La maladie de sa mère l'avait prématurément jeté sur le marché du travail afin de subvenir aux besoins de ses six frères et soeurs, le père étant décédé très jeune. Mais la particularité de Xavier était tabou à l'époque et sa démarche fort efféminée n'était pas un atout majeur alors qu'il postulait. Jean et Mathilde Bertomieux n'ont eu cure de l’apparence de ce jeune homme de vingt ans et lui ont offert un poste qu'il allait occuper jusqu'à ce jour. Louise avait alors cinq ans. Durant les quarante années qui ont suivi, une complicité exceptionnelle est née entre ces deux-là que rien ni personne n'allait ébranler.


Chopin s'est tu, Louise s'est endormie. Emportée par la fatigue, le journal posé sur ses genoux, elle s'est doucement laissée glisser dans le sommeil. Xavier arrive sur la pointe des pieds, la couvre soigneusement du châle usé dont elle n'arrive pas à se défaire, un sourire aux lèvres. Il y a bien longtemps qu'il n'a vu chez sa patronne un visage si paisible et serein. Les tourments de la vie lui laissent enfin un peu de répit. Discrètement, il attrape l'attaché-case de Louise et le range soigneusement contre la table basse où elle le trouvera dès son réveil. Il saisit les chaussures tombées à ses pieds délicats avant de les remiser et d'ajuster la veste de son tailleur sur le dossier de la chaise Louis XV. Xavier n'est pas amoureux de Louise. Il a pour cette femme une admiration sans borne et une loyauté sans faille qui se sont renforcées quand, quinze années plus tôt, elle lui a apporté soutiens moral et financier lorsque son compagnon depuis vingt-cinq ans a failli perdre la vie.


Le feu qui crépite doucement dans l'imposante cheminée en marbre, apporte à l'atmosphère quelque peu austère de la pièce une sensation de chaleur et de bien-être. Louise n'a jamais pu se résoudre à se séparer de ce décor dans lequel son père, avocat avant elle, aimait évoluer. Elle ne peut se résigner à déranger les souvenirs dont les murs sont gorgés. Il lui semble d'ailleurs sentir parfois l'odeur de la pipe qu'il aimait fumer le soir au coin de l'âtre, un verre de cognac hors d'âge à la main pendant que sa mère s'adonnait à son passe-temps favori : les mots croisés. Depuis leur disparition dans un accident de la route, seule, cette pièce a échappé à toute la réfection du manoir.


Isolé des turpitudes de la ville, sur un vaste de domaine de 25 ha, il est un havre de paix quand son ordure de mari dont elle est en train de se séparer, ne vient pas l'éclabousser de paroles haineuses et d'injures bien senties. Avocat, lui aussi au barreau de Paris quand ils se sont rencontrés, ils se sont mariés très vite, ont fait deux enfants tout aussi vite, avant de monter leur propre bureau d'avocats. Sans le sou, Jean-François avait pourtant été accueilli à bras ouverts par Mathilde et Jean, offrant aux deux jeunes époux la première pierre de leur édifice.


La sonnerie stridente du téléphone retentit. Louise sursaute. Reprenant ses esprits et le coeur battant, elle s'empare de l'appareil avant d'identifier le nom de l'appelant. Ce qu'elle lit sur le cadran digital fait dessiner sur son doux visage une moue qui en dit long. Elle rejette l'appel, elle n'est pas de taille à affronter un nouveau conflit. Pas aujourd'hui, elle n'en a pas la force.
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