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Louise ou la vraie vie 16

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Lue : 584 fois - Commentaire(s) : 0 - Histoire de mielpops postée le 29/04/2013
Cams coquines
Les deux femmes rient malgré ce petit pincement au coeur persistant. Mais l'une, comme l'autre, s'est engagée à lutter contre la tristesse et la peine. Elles pénètrent dans la cafeteria où elle reconnaissent leur amie Ingrid au fond de la salle de réfectoire.

“ Hey dit-elle!
Ingrid!
Ca va les filles?
Ça pourrait aller mieux, mais on va faire en sorte que ça aille ..
Alors, Xavier?
Ca va pas fort. Il a encore fait un arrêt cardiaque mais le docteur Kramer nous a assuré que tout allait bien maintenant.
Ah, Kramer! Il pouvait pas tomber mieux. C'est un excellent toubib. Xavier est entre de bonnes mains avec lui.
Dis-nous franchement, Ingrid.. Est-ce-que Xavier va s'en sortir?
Je vais pas te refaire le topo médical, vous le savez déjà. Mais oui, il a ses chances. Kramer a du vous le dire!
Donc, il faut attendre le passage fatidique de cette nuit.
Oui.
Dis-nous qu'il va s'en sortir Ingrid.
Je ne veux pas, et ne peux pas vous donner de faux espoirs mes chéries. Je n'en ai pas le droit. A Xavier de jouer maintenant. Mais tel que je connais le bonhomme, il est pas prêt de lâcher l'affaire. Son moral va y jouer pour beaucoup.
Mais il est à l'article de la mort, comment peut-il avoir l'envie de vivre..
Tu parles de la conscience ma petite chérie.. Si beaucoup pensent qu'elle est dans le cerveau, je n'en crois pas un mot. Elle est quelque part, et crois-moi, Xavier, il entend tout et voit tout. Alors, faites-moi le plaisir de sourire, de manger un bout et de repartir du bon pied vers lui.. Ok ?”

A ce moment-là, le bipper d'Ingrid se déclenche. Elle regarde la nature de l'appel et s'excuse auprès de ses deux amies.
“ Et c'est reparti.. Un malaise cardiaque.. A plus les belles, je reviens dès que je le peux!”


Le fourgon stoppe net devant les portes de la prison. Après un bref contrôle au portail d'entrée, le véhicule repart lentement avant de pénétrer dans l'enceinte de l'établissement pénitencier. Le conducteur descend rapidement, sans un mot et va ouvrir les portes sécurisées arrière du fourgon duquel descend, à pas lents, Jean-François.
La neige tombe à gros flocons sous une bise glaciale digne d'un vent sibérien qui fouette son visage blafard et éteint. Devant lui, les murs gris de la prison. Il se retourne machinalement et voit se refermer derrière lui les lourdes portes de la liberté, d'une vie luxueuse et luxuriante. Il ferme les yeux, puis, dans un souffle rauque, suit le gardien de la paix qui le mène à l'entrée principale.

“ Bon, on fait quoi maintenant qu'on a réussi à manger quelque chose demande Noémie? J'ai beau essayer de ne pas y penser, mais c'est dur tu sais..
J'y pense tout autant que toi, tite soeur. Et je trouve que le temps horriblement long.
Et maman qui n'a toujours pas donné signe de vie.. Ça devient intolérable! Et si on textotait maman?
On peut le faire, mais je sais pas si elle aura notre message. Dans le service où elle se trouve, les téléphones doivent être éteints.
Mais alors, elle attend quoi pour nous faire un signe?
J'en sais rien, mais si elle le fait pas, c'est qu'elle a une bonne raison.
Elle n'a pas le droit de nous torturer comme ça! On est aussi inquiets qu'elle!
Elle sait tout ça, dit Nathan. Elle fait ce qu'elle peut. T'inquiète pas, je suis persuadée qu'on va vite avoir de ses nouvelles.
Tu as dit ça il y a cinq minutes Nathan.
Je sais! Mais s'il te plaît, arrête de tourner en rond et calme toi un peu. Viens t'asseoir près de moi que je te fasse un câlin.
M'assoir, mais je suis restée assise jusqu'à maintenant!
Que tu dis! Tu fais les cent pas toutes les cinq minutes! A ce rythme-là, il y aura un petit sentier sur le tapis!
Désolée..
Je rigolais soeurette. En fait, je suis aussi inquiet que toi, mais j'essaie de gérer.
Bein je sais pas comment tu fais, moi j'y arrive pas!
Viens ici, je te dis.
Attend, j'ai froid, je rajoute une bûche dans la cheminée.
Ils donnent quoi à la télé ce soir?
Tu as envie de regarder la télé? Je vais même pas arriver à me concentrer sur ce qu'il y aura.
Peut-être, mais ça cassera le silence mortel qui règne ici. Répond timidement Nathan.
Xavier me manque, Xavier nous manque. Il manque au manoir tout entier en fait. Sans lui, tout est morne et triste.
Xavier va revenir Noémie. Il ne peut en être autrement. Ca n'aurait plus de sens. Sa perte serait extrêmement lourde pour nous tous.
Ce qui ne serait pas le cas de celui qui nous sert de père. Qu'il crève en taule, je m'en fiche. Mais pas Xavier, non, pas lui.
La garde à vue est terminée, il doit être au trou à l'heure qu'il est, ou pas loin.
Me fiche de ce qu'il fait et d'où il est. Je veux que Xavier survive.. Ah mais maman, qu'est-ce-que tu fous bon sang?”

Le témoin sonore du téléphone de Nathan indique l'arrivée d'un message. Les deux jeunes gens se précipitent vers le petit appareil.

“ Elle t'a entendue! C'est maman c'écrie Nathan
Qu'est-ce qu'elle dit?
Attends deux secondes tite soeur.. ah, voilà:

“” Xavier a fait un autre arrêt cardiaque mais tout va bien à présent. On est à la caf. On passe la nuit à son chevet. Vous avez mangé j'espère. J'attends réponse””

“” yep maman, pas de souci. C'est fait. Tout va bien ici. Merci pour le message, on commençait à se faire du mouron””

“” je sais les enfants, désolée. Pas pu avant. On vous recontacte dès qu'on peut. Bisous les chéris””

“” Ok maman, on attend avec vous de notre côté. Dès qu'il y a du nouveau, tu dis, ok?””

“” Ok, bien sûr, bisous les chéris, @ +””

“ Cool ! Ce vieux grigou est toujours parmi nous! Dit Nathan la larme à l'oeil. Tu vois, je te l'avais dit!
Je vois aussi que tu es plus sensible que tu ne le laisses paraître.
C'est le rôle d'un grand frère que de réconforter sa petite soeur, non?
Oui, mais je te signale que l'inverse est de mise aussi..
Oui, bon, on fête ça? Tu veux un verre de coca?
Avec plaisir!!”


Dans le long couloir, aux sols lignifiés cirés des centaines de fois, Lemoux marche lentement. A sa droite, la rangée interminable de cellules, à sa gauche, le vide, ce vide où sont néanmoins tendus des filets géants dans le but de couper toute envie aux suicidaires de faire le grand saut.
Ses pieds trainent, ses yeux scrutent chaque recoin de l'endroit où l'on entend les détenus s'invectiver et échanger quelques propos salaces.

“ Hey, ça bouge dans les couloirs les gars! Y'a d'la chair fraîche!
Si ça se trouve, il est pas pédé.
Il apprendra! Tu verras mec! Puis, s'adressant à Lemoux. Tu vas aimer ça”.

Un rire gras s'échappe alors des quelques cellules environnantes, les gardiens de prison continuent leur chemin sans mot dire. Enfin, un peu plus loin, un des deux gardiens fait stopper le petit groupe et fait un signe d'ouvrir la porte. Il fait signe de la tête à Lemoux et celui-ci entre.
“ Voilà ton nouveau palace l'avocat, bienvenue chez toi! Estime toi heureux, tu es en single, c'est le luxe ici!”
Lemoux jete un coup d'oeil rapide autour de lui : un lit sommaire, une table, des wc.
“ Lemoux ? Allez rentres chéri, crie un détenu. Tu vas voir, tu vas te plaire ici! Un nom digne du tien, on va s'en occuper aux petits oignons. Chuis sûr que t'as un beau cul. Garde le bien au chaud pour ma tite bite.. hahahaha
Ho, hey, l'avocat, c'est un prétentieux. Sa bite va te faire des chatouilles. Par contre, mon braquemar, tu vas bien le sentir..”.


Dans une autre prison, au même instant, le Belge, alias Eekhoud, git, allongé sur le lit minable de la cellule dans laquelle on l'a enfermé depuis quelques heures. Un bras sous sa nuque et une jambe repliée, il pense. Ca fait des heures qu'il pense. Il pense, et pense encore. Les flics ont été bien renseignés. Dans son cerveau sans cesse en ébullition, des centaines d'hypothèses ont été étudiées, analysées, encore et encore jusqu'à ce qu'il arrive à une certitude. Personne dans son entourage n'a pu commettre d'impair. Son leurre était on ne peut plus au point. Quelqu'un dans l'entourage proche de son copain Jeff a fait échouer ses plans et est le seul responsable de son enfermement. Il ne peut en être autrement. Il en est certain à présent. Un ami? Un proche? Qui a pu être aussi proche de Lemoux pour être au courant de tous leurs faits et gestes? Dans la possibilité de connaître tous les détails de leurs rendez-vous, de leurs plans, de leur rencontre à Venise et enfin, du projet d'assassinat de Louise? Qui, si ce n'est un agent infiltré? Lemoux a tant de contacts réguliers, qu'il lui sera impossible d'en déterminer l'identité.


Louise et Virginie remontent à l'étage où Xavier mène un combat sans merci contre la faucheuse. Dans l'ascenseur qui les y transporte, elles se laissent aller à un petit moment de douceur, s'enlaçant et se donnant de tous petits baisers du bout des lèvres jusqu'à ce que les portes s'ouvrent.
Le silence de la nuit qui vient de tomber pèse lourdement dans le service que viennent perturber les témoins sonores des machines. Une voix qui leur est familière se fait entendre à l'extrémité du couloir, celle du Docteur Kramer qui sort de la salle des infirmières qu'elles entendent pouffer dans la salle de repos. Le médecin, tout souriant de ses propres facéties, se dirige dans leur direction.

“ Alors, vous avez réussi à avaler quelque chose j'espère! La cafeteria ne sert pas de la gastronomie de luxe mais..
Mais elle est très consistante.. oui, je m'en suis rendue compte l'interrompt Virginie, tout sourire.
Je n'ai mangé qu'une salade mais je peux le confirmer. On ne sort pas de table avec la faim au ventre!
C'est ce qui compte..
Comment va Xavier? Interroge Louise, redevenue sérieuse. Y a-t-il du changement?
Ni en mieux, ni en pire. Mais c'est déjà une bonne nouvelle car il se maintient très bien, surtout avec ce qu'il a subi tout à l'heure. Vous ne voulez pas rentrer chez vous et vous reposer?
Non! Non seulement il neige trop dehors, mais encore, j'ai ici, quelqu'un qui est très cher à mon coeur et que je ne laisserai pas seul, ne serait-ce qu'une minute.
C'est bien ce que je pensais. Les fauteuils de la salle d'attente sont très confortables vous savez. Voulez-vous que je vous fasse apporter deux couvertures?
Non, ça ira très bien. Il fait déjà trop chaud ici, répond Virginie.. Enfin pas pour moi en tout cas. Et toi chérie?
Je veux bien moi. Je suis assez frileuse.
J'avais bien remarqué, tu me piques toutes les couvertures!”

Le Docteur Kramer, Hans, de son prénom, ne peut s'empêcher de sourire en écoutant le couple parler. Ses yeux pétillent de malice mais aussi de joie en les voyant enfin penser à autre chose qu'au malheur qui les frappe. Galant homme, il les invite à se rendre à la salle de garde afin de leur offrir un petit café, qu'elles n'ont pas eu le courage de refuser devant tant d'affabilité. L'odeur du café envahit la pièce, redonnant enfin à l'endroit aseptisé un côté plus humain. Les deux femmes sont accueillies chaleureusement par le personnel qui reconnaît aussitôt Louise mais fait preuve de tact en ne faisant aucune allusion aux évènements en cours. Les sourires et les mots rassurants fusent sous l'oeil attentif du docteur Kramer, ravi, d'offrir à Louise et Virginie un petit moment de détente fort bienvenu.

Les sourires, les paroles et la compagnie réconfortent les deux femmes pendant un bref laps de temps lorsque l'alarme rouge retentit une nouvelle fois. Tétanisées, Louise et Virginie se regardent. Elles n'osent se retourner ou questionner le médecin, sachant par instinct de quoi il en retourne.

“ La 416 ! Code rouge.
On y va! Prenez le chariot de réa!”

Sans le moindre stress mais avec rapidité et efficacité, le petit groupe se précipite dans la chambre de Xavier dont les fonctions vitales viennent de s'arrêter, une fois encore.
Dans les yeux merveilleux des deux femmes, la gaieté fait place à l'anxiété et la peur. Collées l'une à l'autre, les mains unies et les doigts crispés, elles assistent, impuissantes aux évènements. Mettant tous leurs espoirs dans les mains du médecin, elles prient pour la survie de Xavier malgré les dessins les plus funestes qui défilent dans leurs esprits.

“ J'ai très peur chérie.. vraiment très peur. C'est le troisième arrêt cardiaque depuis cet après-midi. J'ai si peur que cette fois-ci..
Chhhhhhht bébé... tente de la rassurer Virginie.
J'ai si peur mon ange..
Je sais, mais tu dois être forte, on doit être fortes pour lui et lui apporter tout notre soutien. Il sait qu'on est là et il ne doit pas aimer nous voir ainsi..
Allez, ils ressortent les palettes..
Oui, pour faire repartir le coeur.. et de l'adrénaline pour donner un coup de fouet.. Tu sais bébé, ils ont fait ça des milliers de fois.. Tu dois leur faire confiance.
Mais j'ai confiance en eux, j'ai juste peur que Xavier abandonne la partie.
On te l'a déjà dit, Xavier est un battant. Il laissera pas tomber aussi facilement...”

Dans la chambre où le bruit strident des appareils se fait entendre, un combat acharné contre la mort est en train de se jouer. Le sourire du Docteur Kramer s'est envolé pour faire place à un pincement de lèvres qui traduit la préoccupation et l'inquiétude. En effet, les trois premières tentatives viennent d'échouer, et l'adrénaline ne semble plus vouloir agir sur un corps extrêmement affaibli.

“ On recommence, on met le paquet.
Docteur, murmure l'infirmière.
Je sais, mais on tente quand même.
Docteur..
Il suffit.. On tente une dernière fois. Allez mon grand. Tu vas pas abandonner maintenant! Allez, chargez..
Ca charge.” Et après des secondes qui s'écoulent comme des éternités :
C'est chargé.
Reculez, j'envoie.. poussez-vous je vous dis!”

Le médecin actionne une fois encore le déclencheur qui permet au défibrillateur d'envoyer la puissante décharge électrique dans le corps du majordome. Toute l'équipe médicale fixe à présent le scope pour guetter la moindre activité cardiaque. Les yeux de Virginie et de Louise sont rivés sur la ligne verte qui reste désespérément plate accompagnant le bruit strident de la machine, qui est devenu insupportable.

“ On arrête, murmure le médecin, abattu. Heure du décès?
23h43.
Bon, débranchez le, coupez moi ces putains de machines et rendez-lui forme humaine. Je vais retrouver ses deux amies.
Bien Docteur”

A l'extérieur de la chambre, Louise et Virginie ont fondu en larmes. Elles se tiennent, l'une, dans les bras de l'autre, pleurant tout leur désespoir et leur immense tristesse..

A cet instant, le médecin s'approche du couple et articule laborieusement les mots que tout médecin a horreur de prononcer.

“ Je suis désolé. Vraiment désolé.
Vous aviez dit..
chut, Louise, non. On savait que ça pouvait arriver.
Oui, répond le Docteur Kramer, navré. Je suis désolé. Son corps affaibli n'a pas répondu aux doses massives d'adrénaline et aux chocs électriques. Nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir..
Nous n'en doutons pas une seconde Docteur, répond Virginie.
C'était un chic type se morfond Louise. Qu'est-ce qu'on va devenir sans lui? Et les enfants.. je n'ose même pas y penser. Ils ne vont pas s'en remettre.”


Dans la chambre, les deux infirmières, tout aussi tristes, se mettent en tâche d'exécuter les ordres du médecin. Lentement, la première débranche les tubulures avec une précaution infinie et un profond respect pour Xavier alors que la seconde presse le bouton “off” du scope avant de débrancher les électrodes témoins d'une activité cardiaque. Le silence retombe soudainement dans la pièce et tout le service à cette heure tardive de la nuit.
Alors qu'elle s'apprête à retirer les électrodes du torses de Xavier, sa collègue dresse la tête afin de lui adresser la parole, mais ses mots restent en suspens lorsqu'elle aperçoit derrière elle des mouvements oscillatoires sur le scope..
“ Mon Dieu, Mélanie, y'a un pouls!
Hein?” Mélanie se retourne et n'en croit pas ses yeux.
Vite, appelle Kramer pendant que je remets tout en place!”

A ces mots, la jeune infirmière se rue sur la sonnette d'alarme attenante au lit où Xavier semble faire une nouvelle apparition à la vie. Il ne faut que quelques secondes au docteur Kramer pour débouler dans la chambre, laissant Louise et Virginie qui comprennent très vite que quelque chose est en train de se passer. Elles observent sans mot dire l'intense activité qui se déroule sous leurs yeux.

“ Mon dieu, dit le médecin.. vite, il y a une réaction. Son coeur repart comme en l'an 40. Rebranchez tout et on continue les mêmes soins.
Comment se fait-il ?
La médecine n'a pas les réponses à tout Josette. Bien des mystères restent encore à découvrir. Mais là, visiblement, notre bonhomme a décidé coûte que coûte de s'accrocher à la vie. Et c'est ce qui compte. On verra plus tard pour le reste.” Puis, s'adressant à Xavier “ Les constantes sont normales, tout est normal.. Tu nous as fait un sale coup mon grand... Alors, ça suffit maintenant, ne nous fais plus des frayeurs pareilles.. ok?”

Hans Kramer sort de la chambre après avoir donné de nouvelles directives aux deux infirmières et vient trouver, tout naturellement, Louise et Virginie, qui ne lui laissent pas le temps d'ouvrir la bouche.

“ Il... il.. il est revenu ?
Oui..
Comment ça se fait? Il était... mort.
Oui, mais quelques instants seulement. Il a réagi, à retardement si je puis dire. Ce genre de situation est plutôt rare, mais ça arrive.
Et si vous l'aviez pas vu?
Le scope s'est manifesté et la cage thoracique a bougé, donc, il était impossible de ne pas le voir.
Et maintenant, on en est où? Va-t-il survivre ou passer la nuit à nous faire ça?
Je n'en ai aucune idée. On peut s'attendre à ce que ça se reproduise, tout comme il peut tenir jusqu'au bout de la nuit sans problème.
On peut rester?
Certainement. Allez-vous installer dans la salle d'attente et tâchez de dormir un peu. Vous êtes exténuées, il vous faut du repos.
Le docteur a raison, intervient Virginie. Le mieux que l'on puisse faire à présent est de penser à nous et attendre
Tu crois que ça va être facile de penser à autre chose?
Bien sûr que non, et se reposer ne veut en rien dire ne plus penser à lui. Et j'y pense.. Tu devrais peut-être envoyer un petit message aux enfants. Ils doivent être mort d'inquiétude
Tu as raison mon ange. Je le fais de ce pas. Ça t'ennuie si je descends fumer ou alors, tu viens avec moi?
Non, vas-y, je reste là
Merci chérie
Embrasse les pour moi
Je n'y manquerai pas. Je suis là dans cinq minutes”.


Dans sa cellule, le Belge n'a en rien interrompu ses réflexions. Etre coupé de l'extérieur n'est pour lui qu'une simple anicroche sur le moment mais il sait qu'il aura vite la possibilité de contacter ses amis et de leur donner les directives à suivre lorsqu'il en aura la possibilité. Un sourire se dessine sur ses lèvres. Il n'est pas un homme que l'on met derrière les barreaux. Dehors, son armée suit de près l'évolution depuis son arrestation et attend un simple geste de sa part pour se mettre en marche. Réfléchissant depuis son enfermement, son plan est déjà tout tracé, il ne lui reste plus qu'à attendre l'opportunité pour l'exécuter.

Son plan pour mettre les flics sur une fausse piste a échoué, quelqu'un a suivi de très très près sa rencontre avec Lemoux à Venise et ce même quelqu'un était également au courant de la transaction à Montparnasse. Ce quelqu'un, il se le répète ne peut être qu'un proche à ce crétin d'avocat auquel il a eu la mauvaise idée d'accorder toute sa confiance et qui, par conséquent, l'a trahi par son incompétence. Plus les minutes s'égrènent et plus, il se persuade que Lemoux, l'incapable, mérite une petite punition.
“ Ho mec, pourquoi tu te marres?
Pour qui tu te prends pour me parler l'avorton?
Ho, ça va, c'était pour lancer la conversation. T'as pas dit un mot depuis que t'es là!
Et alors, ça te pose un problème?
On risque de passer un moment tous les deux. Ça serait cool de pouvoir s'entendre tu crois pas?
Je suis bien mieux quand je suis pas emmerder par des sous merdes comme toi. Et tais-toi, tu m'empêches de réfléchir.
Hey mec, t'es pas Dieu ici. Pour qui tu te prends?
C'est là que tu te goures mon gars. Visiblement, tu me connais pas. Tu vas apprendre à me connaître. Et pour commencer, tu vas fermer ta grande gueule, vu?”

Joignant le geste à la parole, Eekhoud se dresse d'un bond hors de son lit et agrippe le codétenu à la gorge avant de se mettre à serrer, lui broyant littéralement le larynx. D'une voix presqu'inaudible et au bord de l'apoplexie, le gaillard qui dépasse le Belge de plus d'une tête, articule du mieux qu'il peut.
“ Ok mec, j'ai rien dit.. j'ai compris, j'te fous la paix..
C'est bien, tu comprends vite. Si j'ai besoin de toi, je te le ferai savoir. Tu peux m'être utile et si tu fais correctement ce que je peux te demander à l'avenir, tu seras récompensé. Mais pour le moment, va te mettre dans un coin et fais toi oublier. Si j'ai besoin, je te sonnerai.”

Eekhoud desserre ses doigts noueux et retourne s'allonger, satisfait, alors que son compagnon de cellule récupère peu à peu son souffle, tout en frottant son cou.


Dimanche :

Chacune sur son fauteuil, Louise et Virginie se sont laissées rattraper par la fatigue. Leurs mains jointes dans le sommeil, elles dorment tels deux anges. Elles sont si belles que le personnel n'ose les tourmenter dans leur repos et glisse à pas feutrés dans l'espoir que leur passage incessant ne les éveillera pas. Le docteur Kramer saisit cet instant de sérénité et s'approche des deux femmes qui semblent sentir sa présence et ouvrent leurs magnifiques yeux à la lueur du jour.

“Ho, je suis désolé, je ne voulais pas vous réveiller Mesdames.
Non.. ho, bonjour docteur. Non, non, ça va bien, pas de souci.. Nous nous sommes assoupies je crois..
Oui, et vous en aviez grandement besoin.
.. Et Xavier? Mon dieu, comment va-t-il?
Il va très bien, rassurez-vous. Il a passé la nuit sans encombre et n'a plus montré le moindre signe de détresse. Au contraire, il va de mieux en mieux. Il m'impressionne. Comme tout allait bien, j'ai jugé bon de vous laisser vous reposer.
C'est très gentil de votre part. Merci. Tout ça grâce à vous docteur. Nous avons eu très peur vous savez. J'ai cru qu'on allait le perdre. Comment vous remercier?
Je n'ai fait que mon métier..
Mais vous aimez votre métier, docteur, ça se voit !
Cessez, vous allez me faire rougir. Non, non, il n'y a pas de quoi.
On peut le voir?
Certainement, je suis certain qu'il sera content de vous sentir à ses côtés. Ma garde se termine dans quelques minutes. Je tenais à vous saluer avant mon départ et à saluer le courage qui vous habite toutes les deux.
On vous revoit bientôt Docteur?
Demain. Mais je suis toujours joignable par téléphone. Il doit me rester une carte dans ma poche.. Ah, la voilà, tenez.
Merci Docteur.
Passez un bon dimanche et n'hésitez pas à m'appeler si besoin est.
Nous ne perturberons en aucun cas une journée de repos bien méritée.
En fait, c'est une excuse, dit le médecin, un sourire malicieux aux lèvres. J'aime trop mon travail et m'ennuie ferme quand je suis seul chez moi. Mon travail, c'est ma vie, mon seul compagnon de route.
Je vois, lui répond Louise d'un clin d'oeil. Mais que vous dire, si on vous appelle?
Comment va votre cher Xavier par exemple. A bientôt. Bon dimanche à vous aussi.
Je pense que c'est déjà le plus merveilleux des dimanches” lui murmure Louise, un sourire radieux et la larme à l'oeil.

Hans Kramer, bel homme à la cinquantaine dynamique et doté d'une extrême gentillesse, s'éloigne du couple et disparait au fond du couloir sous l'oeil reconnaissant des deux femmes.

Louise et Virginie se retournent et regardent Xavier, toujours branché à d'innombrables machines. Son visage leur paraît apaisé et serein malgré l'inconscience profonde qui l'habite. Le bip régulier du scope et le rythme fréquentiel du respirateur artificiel les rassurent, installant une certaine quiétude dans leurs esprits.

“ Ah, Xavier, Xavier, tu nous as fait peur tu sais.. Reviens nous vite hein! Le manoir est bien vide sans toi. Allez, on te laisse un petit moment, juste pour nous le temps d'aller nous doucher et de nous changer et on revient”


Au manoir, Nathan et Noémie, prévenus de l'arrivée de leur mère et de Virginie, font le pied de grue devant l'imposante entrée. Ils ne laissent pas aux deux femmes le temps de descendre du véhicule, que déjà, les enfants se ruent dans les bras de Louise, puis ceux de Virginie..

“Alors, Maman, comment va Xavier? Il est tiré d'affaire?
Bonjour mes amours.. Ça va? Oui, Xavier a passé le plus difficile.
On était morts d'inquiétude.
Nous aussi vous savez. Il est passé vraiment très très près.. Mais c'est un costaud.
Oui.. Ah, ça fait du bien de vous revoir toutes les deux.
On reste pas longtemps les chéris. On vient juste se doucher et se changer et on repart.
Vous partirez pas avant d'avoir pris le petit déjeuner qu'on vous a préparé Noémie et moi.
Oh c'est chou!
Heureusement qu'on est là pour penser à vous hein.. On a besoin de mamans en forme nous, et Xavier aussi.
C'est bon, c'est bon, on arrive..
Allez, dépêchez-vous les filles, ça caille, et ça va refroidir!!
Quelle idée de sortir en pyjama aussi!!”

Louise pince alors tendrement son fils à la joue avant que celui-ci ne la serre fort contre lui, imité bientôt par Noémie qui entraîne tout naturellement Virginie.

Dans sa cellule, Lemoux n'a pas fermé l'oeil de la nuit. Les heures se sont écoulées comme des siècles, dans l'attente des premières lueurs du jour où il pense trouver enfin un semblant de sérénité. Mais il sait à présent que ce sentiment n'est qu'utopie. De grosses perles de sueurs inondent son visage alors qu'il grelotte de froid. Des frissons désagréables parcourent son échine, son coeur bat trop fort contre ses tempes, un mal intense déchire ses entrailles.
“ Ho mec, ça va pas?
hum.. quoi?
T'as pas l'air de te sentir trop bien.. Ça va?
Si on te le demande, t'as qu'à dire que t'en sais rien.
Bein justement, j'en sais rien, alors dis-moi si je peux faire quelque chose pour toi.
Mêle toi de tes oignons, je vais bien ok?
C'est pas l'impression que tu me donnes en tout cas.
Si tu cherches à te vider les burnes, t'es mal barré, je déteste les pédés. Alors, dégage.
Ok, ok, ok... pas de souci man. Je connais quelqu'un qui aurait pu soulager ton manque, mais bon, pas grave.. J'offrirai mes services à quelqu'un d'autre..
De quoi tu parles là, enfoiré?
T'as très bien compris mec.” Puis, un sourire narquois aux lèvres “ Ah, je vois que je t'intéresse tout d'un coup..
Peut-être bien. Ce qui sert mes desseins m'intéresse toujours. Mais compte pas sur moi pour t'enfiler.
C'est bon mec, j'ai bien compris, et si ça peut te rassurer, je préfère une chatte bien trempée à une bite dans le cul.
Sauf que toi, tu es là pour perpète, moi pas. Pauvre vieux, tu vas être condamné à te branler devant des photos de papier glacé.”
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