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Stop pour Saint-Tropez

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Lue : 0 fois - Commentaire(s) : 0 - Histoire postée le 09/09/2026

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Août 1980. L’autoroute du Soleil brûlait.
La Peugeot 504 coupé bronze avançait dans un air épais, essence, bitume, pins. Richard avait trente-cinq ans. Chemise de soie crème ouverte trop bas, pantalon de toile beige près du corps, Ray-Ban aviator, Rolex Datejust au poignet. Cheveux un peu longs, moustache fine. Un homme de 1980 s’habillait encore pour être vu : pas sportif, pas négligé. Sur la plage arrière, une Samsonite, un blazer marine plié, une bouteille de Ricard dans un sac en papier.
Elle était au péage de Valence-Sud. Sac banane beige, tongs, short en denim délavé ultra court, ourlet effiloché. Débardeur blanc en coton fin, sans soutien-gorge. Collier ras-de-cou doré. Vingt ans. Bronzage huilé, bouche brillante. Le look « Côte » des magazines : peau mate, été, comme si le corps allait de soi.
Il a baissé la vitre.
— Saint-Tropez ?
— Si tu vas jusque-là.
Elle est montée. Monoï et sueur propre. Jambes nues contre le skaï chaud.
Ils ont parlé comme on parlait sur l’A7 en 1980 : les bouchons à Orange, le mistral, les clubs de Ramatuelle, qui avait une villa chez qui. Elle s’appelait Lise. Elle allait « chez des amis ». Lui « voir du monde ». Personne n’expliquait vraiment. On pouvait encore disparaître trois jours.
À hauteur de Montélimar, elle a posé les pieds sur le tableau de bord. Le short a glissé. Il a vu l’intérieur de sa cuisse, le bord d’une culotte blanche très fine. Elle n’a pas rabaissé le tissu.
— T’as une femme ?
— J’en avais une.
— Elle s’habillait comment ?
— Jupes midi. Chemisiers boutonnés. Dimanche. Toi, t’es pas dimanche.
Elle a pris sa main, l’a posée sur son genou, plus haut, jusqu’à la chaleur sous le denim. En 1980, ça ne s’appelait pas un consentement. Ça s’appelait un regard, un silence, une jambe qui ne se ferme pas.
Il a quitté l’autoroute. Aire presque vide, puis une piste de terre vers une oliveraie. Moteur coupé. Cigales.
Elle a retiré le débardeur. Seins fermes, tétons foncés par le soleil, collier contre la peau. Lui a déboutonné la soie. Chaîne en or, poitrine un peu velue. Elle a touché sa ceinture comme un objet d’époque.
Le premier baiser goûtait le tabac et l’orange pressée du péage. Il l’a allongée sur le capot encore chaud. Le métal brûlait. Short et culotte d’un seul geste. Poils blonds, naturels : en 1980 on s’épilait peu. Il a glissé la langue entre ses cuisses. Un camion est passé au loin. Elle n’a pas baissé la voix.
Ensuite, dans la voiture, sièges reculés, portière conducteur ouverte. Elle s’est penchée vers sa braguette.
— Attends.
Elle l’a pris en bouche sans cérémonie. Lèvres brillantes, salive, chaleur. Tête baissée, cheveux collés à sa joue. Lentement d’abord, langue plate, puis plus profond, jusqu’à ce que sa gorge se serre. Un bruit mouillé. Sa main tenait ce qu’elle n’avalait pas. Radio. Cigales.
C’est là qu’ils l’ont entendu.
Un poids lourd sur l’A7, d’abord loin, puis plus près, comme s’il ralentissait à la hauteur de la bretelle. Le chauffeur avait vu la 504 arrêtée trop longtemps, la portière ouverte, le reflet d’un dos nu. Lise n’a pas levé la tête. Elle a continué. Plus vite.
Le klaxon a éclaté, grave, long, vulgaire. Une, deux, trois fois.
Richard a juré. Elle a souri autour de lui et a levé un doigt vers la route. Cabine visible, avant-bras tatoué à la fenêtre, un visage qui riait. Nouveau klaxon, plus court, complice.
— Qu’il regarde, a-t-elle dit.
Puis elle l’a repris jusqu’au fond.
Il a joui les hanches soulevées, une main dans ses cheveux. Elle a tout pris, s’est essuyé la bouche du dos de la main. Le camion a repris de la vitesse. Un dernier coup de klaxon, déjà loin.
Elle s’est rassise, lèvres rouges, débardeur de travers.
— T’aimes qu’on te voie ?
Il a allumé une cigarette.
— J’aime que toi, tu t’en foutes.
Elle n’a pas remis la culotte tout de suite. Elle s’est mise à califourchon. L’a pris en elle d’un coup, trop vite, a grimacé, puis a baisé comme on dansait cet été-là : un peu trop, un peu trop fort. Il lui tenait les hanches. Le collier cognait. La Rolex laissait une marque rouge.
Il l’a retournée à quatre pattes sur le siège arrière, une main dans ses cheveux. En 1980, le sexe en voiture n’était pas une catégorie. C’était une possibilité : pas de clim trop forte, pas de caméra, juste la peur d’être vu et l’envie de ne pas s’arrêter. Quand il a voulu se retirer, elle a dit :
— Non. En moi.
Silence. Un oiseau. Odeur de sperme, de cuir, de crème solaire.
Ils ont repris l’A7. Elle a remis le short sans la culotte. Lui a laissé la chemise ouverte. À Aix, le soleil baissait. Marlboro. Pieds nus sur son genou.
— À Saint-Tropez, tu me déposes où ?
— Où tu veux.
— Un motel d’abord. Ensuite on verra si je descends.
Motel Provençal. Chambres jaunes. Clim qui toussait. Cash. Dans la salle de bain étroite, elle s’est douchée sans fermer la porte. Il l’a rejointe. Eau trop chaude. Debout contre le carrelage, une jambe relevée, savon entre eux. Ensuite le lit à deux places, draps rudes, elle plus lente, le regard dans le sien, comme si le stop n’avait été qu’une entrée.
Vers minuit, la radio parlait encore de l’été, des plages, des discothèques. Elle dormait à moitié, une cuisse sur lui, le collier toujours au cou. Dehors, l’A7 continuait vers la mer.
En 1980, on n’appelait pas ça une rencontre. On appelait ça une nuit. Et parfois, le matin, on repartait dans la même voiture, short encore plus court, chemise encore plus ouverte, comme si Saint-Tropez n’était plus une destination mais un prétexte.
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Histoire de minsk07

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